DANIEL-LESUR Daniel, Jean, Yves Lesur dit –

(Paris, 1908 – Puteaux, 2002)

Compositeur.
Initié très jeune à la musique par sa mère puis par Charles Tournemire, Daniel-Lesur entre au Conservatoire de Paris à douze ans. Il y suit les classes de  Georges Caussade et Jean Gallon aux côtés de Messiaen*. Parallèlement à son activité de compositeur, il commence en 1927 une carrière d’organiste puis en 1935 de professeur de contrepoint.

En 1936, à l’appel de Baudrier, il rejoint Messiaen et Jolivet pour fonder le groupe « Jeune France » voué à préserver l’expression musicale de la spiritualité et de l’humanisme à l’heure de la « musique-jeu » inspirée par le Coq et l’Arlequin de Cocteau ou des « poncifs académiques ou révolutionnaires ». Libres de leurs esthétiques individuelles, les compositeurs se retrouvent à travers une éthique commune et organisent des concerts jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

Daniel-Lesur occupe ensuite diverses fonctions de conseil artistique, d’inspection, d’administration et de direction (Radio, Télévision, Ministère de la Culture, Schola Cantorum, Opéra de Paris) et il est élu membre de l’Institut en 1982. A travers l’ensemble de son œuvre éclectique bien que nettement démarquée de toute avant-garde, allant de l’opéra (Andrea del Sarto, 1969 ; Ondine, 1982 ; La Reine morte, création posthume en 2005) aux pièces pour la jeunesse (Le Bouquet de Béatrice pour piano à quatre mains, 1946), du chœur a capella (Le Cantique des cantiques, 1953) à la symphonie (Symphonie d’ombre et de lumière, 1964), Daniel-Lesur revendique la « poursuite passionnée de la beauté ; d’une beauté expressive et formelle, accordée aux sens et à l’âme de l’homme ».

L’Orient n’exerce aucune fascination particulière sur Daniel-Lesur qui ne voyage que pour accompagner la création de ses œuvres à l’étranger et reste très loin des préoccupations mystiques et compositionnelles de Messiaen* dans ce domaine. C’est fortuitement qu’en 1946, il découvre un ensemble de mélodies du Cambodge recueillies par Ch. Bellan et traduites par A. Tricon. Enthousiaste, il décide aussitôt d’en effectuer une « translation » pour chant et piano : ce seront les cinq Chansons cambodgiennes : « Le langage des fleurs », « Sangsar », « Pirogues », « L’étang de Peï » et « Le voyage du roi ». Il les orchestre en 1947 (flûte, clarinette, basson, célesta, piano, 3 violons, 2 alti, 2 violoncelles).

Les poèmes évoquent conjointement les sentiments humains (degrés de l’amour et de la séparation, érotisme de l’endormissement, sensualité du bain, domination masculine, tendresse après l’union) et la communion avec la nature (fleurs comme métaphore de l’amour, orage du ciel et des cœurs, suavité du crépuscule sur un bassin, voyage à travers les montagnes et la forêt). Les consonances des mots et des noms cambodgiens conservés dans la traduction (champa, sralêt, sralau, sraley, romchak, romchek, Trâpéan péaï, Tréangbaingkhyàng), avoisinent avec des substantifs imagés : sampan, pirogues, éléphant, palanquin. De l’ensemble se dégage, selon Daniel-Lesur « une atmosphère paradisiaque […] tout y est naturel, […] l’érotisme même s’y pare de la plus transparente innocence, la plus éloignée de tout mensonge comme de toute perversité. »

Daniel-Lesur possédait l’Encyclopédie de la Musique et dictionnaire du Conservatoire dirigée par Lavignac (Paris, Delagrave, 1903) dans laquelle il a pu se documenter sur la musique cambodgienne. Mais s’il a respecté scrupuleusement le texte poétique, il affirme en revanche s’être librement inspiré des idiomes musicaux locaux. La métrique souple de la traduction induit de nombreux changements de mesure à l’intérieur d’un cadre binaire, destinés à épouser la fluidité du texte. L’orchestration n’imite pas le son du Pip-hat ou du Mohori et les emprunts « pentaphoniques » ne restituent de l’original que ce qui semble « décoratif », le compositeur cherchant à travers son propre langage une expression « intérieure » dépassant la gamme à cinq sons, selon lui trop limitée pour traduire pleinement la subtilité des poèmes.

Cécile Auzolle



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