HAMIDULLAH Muhammad

(Hyderabad, Inde, 1908 – Jacksonville, USA, 2002)

Figure de l’islam en France, auteur d’une traduction du Coran.

Né dans une famille de lettrés musulmans indiens, Muhammad Hamidullah étudie à l’Université Uthmâniyya de Hyderabad où il acquiert un diplôme en droit islamique. Il poursuit son cursus en Allemagne avant de soutenir une thèse en Sorbonne (Documents sur la diplomatie musulmane à l’époque du Prophète et des Khalifes orthodoxes, Maisonneuve, 1935). Il est également titulaire d’un diplôme décerné en Arabie saoudite qui sanctionne la mémorisation complète du Coran. Jusqu’en 1946, il revient enseigner dans l’Université de sa ville natale ; mais quand la principauté est envahie par l’armée indienne, il s’exile à Paris, où il réside jusqu’en 1996. Grâce à l’appui de Henri Laoust* et de Louis Massignon*, dont il a suivi l'enseignement à l'EPHE de 1933 à 1935, il obtient un poste de chercheur au CNRS. Il enseigne par ailleurs régulièrement à la Faculté de théologie d’Istanbul et donne maintes conférences à travers le monde. Il passe ses dernières années en Floride, auprès d’une parente.

En France, Muhammad Hamidullah s’implique à la fois dans le dialogue islamo-chrétien et l’encadrement intellectuel de jeunes de confession musulmane. Il anime ainsi la branche parisienne du groupe d’Amitié islamo-chrétienne et il organise avec le Père Michel Lelong, dans les années 1970, les premières réunions entre musulmans et chrétiens dans la paroisse Saint-Séverin. Par ailleurs, il fonde en 1952 le Centre culturel islamique de Paris et, en 1963, l’Association des Étudiants Islamiques de France (AEIF), qui attire alors ceux qui ne se reconnaissent ni dans le nationalisme arabe ni dans le marxisme, comme le Soudanais Hassan al-Tourabi ou l’Iranien Bani Sadr. Adepte d’un islam conservateur, il est alors lié au mouvement international des Frères musulmans, en particulier à sa composante syrienne.

Il est l’auteur de nombreuses publications, livres et articles diffusés dans plusieurs langues (français, anglais, turc, urdu…). À côté d’ouvrages conçus pour l’enseignement théorique et pratique de la religion, comme Initiation à l’Islam (1963), qui reste durant des années un vade-mecum pour les musulmans de France, il publie des travaux érudits qui traduisent son intérêt pour les textes anciens à caractère juridique. Il édite notamment l’un des plus vieux recueils de hadiths, la Sahîfa de Hammâm ibn Munabbih (éd. bilingue, 1979). Mais c’est à deux autres de ses ouvrages qu’il doit sa notoriété de savant musulman : une biographie du Prophète de l’Islam (Vrin, 1959) qui n’a cessé d’être rééditée par des maisons d’éditions islamiques ; et plus encore, une traduction du Coran, réalisée avec la collaboration de Michel Léturmy et préfacée par Louis Massignon (Club français du livre, 1959). Hamidullah n’inaugure pas vraiment la traduction en français du Coran par des musulmans : il est précédé notamment par Ahmed Laïmèche et B. ben Daoud (Oran, 1931). Sa version reste cependant celle qui bénéficie aux yeux des musulmans francophones du plus grand prestige, en regard de traductions qui émanent d'une tradition d'orientalistes tels Kazimirski* ou Blachère*, puis Denise Masson* dont le texte, revu en 1977, reçoit finalement l’aval des autorités d’al-Azhar. Des traducteurs, comme Hamza Boubakeur (1972) ou Sadok Mazigh (1980), poursuivront la voie tracée, mais quand la Ligue islamique mondiale décide d’une diffusion du Coran en français, c’est la version de Hamidullah qu’elle fait paraître en 1990, non sans l’avoir au préalable soumise à une révision destinée à lui assurer une plus grande lisibilité. Intitulé Le saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets, l’ouvrage n’a cessé depuis d’être réédité.

Sylvette Larzul

AVON Dominique, « Intellectuels musulmans au confluent des sciences humaines et du dialogue interreligieux », Dominique Avon et Michel Fourcade (dir.), Un nouvel âge de la théologie ? 1965-1980, Karthala, 2009, p. 335-362. BORRMANS Maurice, « Muhammad Hamidullah et sa traduction française du Coran », Islamochristiana, 2009, 35, p. 31-49.



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