LEON & LEVY, puis LEVY & FILS (« L. L. »)

Éditeurs-photographes et imprimeurs.

Ayant racheté en 1864 l’important fonds de la maison Ferrier et Soulier, spécialiste de vues stéréoscopiques sur verre, Isaac dit Georges Lévy (1833-1913) et son beau-père, Moyse Léon (1812- ?), développent un catalogue généraliste, où l’on trouve déjà des vues d’Egypte, de Syrie et et de Constantinople. Les associés obtiennent la concession des vues stéréos pour l’Exposition Universelle de 1867 et, à l’occasion de l’inauguration du canal de Suez en 1869, commanditent les 300 vues du « Voyage sur le Nil » du photographe Auguste-Rosalie Bisson. En 1889, une campagne photographique en Espagne se poursuit au Maroc. Le catalogue de la maison est alors riche de 30 000 photographies et comprend des vues d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique. Du point de vue esthétique, le tournant est notable : à la douce poésie du Second Empire a succédé une approche plus frontale et résolument commerciale, en rapport avec la politique coloniale mise en œuvre après 1870.

Avec les fils Lévy, Abraham Lucien et Gaspard Ernest, la société va se reconvertir résolument vers le marché de la carte postale : la marque « L.L. » est déposée en 1901 - on va souvent la confondre avec la signature « L&L » du studio Lehnert* & Landrock qui se crée trois ans plus tard à Tunis : Il est vrai que Lévy édite de nombreux clichés du photographe Chatelain, lequel utilise les mêmes recettes, et les mêmes modèles que Lehnert. Mais Lévy est devenu le second plus important éditeur de cartes postales en France, après les frères Neurdein : déposée en 1885 la marque ND allait vite exploiter un fonds de 40 à 50 000 clichés. Au niveau des héritiers, les groupes fusionnent après 1913 : la société « Lévy et fils » est rachetée par l’imprimeur Emile Crété, le repreneur de Neurdein, et la société « Lévy & Neurdein réunis » devient en 1932 la Compagnie des Arts Photomécaniques (CAP).

Source iconographie la plus importante pour le Maghreb, le fonds Lévy et Neurdein est considéré par certains comme l’archétype colonialiste d’une imagerie d’inventaire diffusée depuis Paris, et le vecteur principal d’une esthétique dégradante pour la femme orientale. L’étude précise des origines de ce fonds devrait pourtant inciter à plus de prudence. Vers 1970, le fonds a été racheté par l’agence Roger-Viollet qui, jusqu’à aujourd’hui, l’exploite intensivement tant pour des ouvrages nostalgiques que pour l’illustration d’essais historiques.

Michel Mégnin



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