KHAWAM Rizqallah René

(Alep, 1917 – Suresnes, 2004)

Traducteur de littérature arabe, essentiellement d’époque classique et post-classique.

Né en Syrie dans une famille chrétienne lettrée originaire du Karabagh, il y étudie le français chez les frères maristes avant d’entreprendre des études littéraires à l’université catholique de Beyrouth. A partir de 1935, il donne des cours de français, d’histoire et de géographie dans des établissements d’enseignement secondaire du Proche-Orient. Il s’installe à Paris en 1947 et passe des diplômes d’histoire, de géographie, de psychologie, de littérature française et de linguistique générale. Il suit aussi des cours de littérature arabe et devient un disciple et un proche de Louis Massignon*. De 1958 à 1982, il poursuit  sa carrière de professeur d’histoire à l’Ecole Massillon, à Paris. Quand est fondée en 1976 la maison d’édition Phébus, il y est chargé du « Domaine arabe », qu’il dirige jusqu’en 1998 ; il y publie alors une importante partie de son œuvre, pour laquelle il obtient en 1996 le Grand Prix national de  la traduction.

Auteur prolixe, René Khawam compte à son actif une soixantaine de textes allant d’une Initiation rapide à l’arabe classique (1972) à La Cuisine arabe (1970), en passant par des anthologies comme Propos d’amour des mystiques musulmans (1960) et La Poésie arabe (1960), ouvrage revu et enrichi au fil des rééditions (1975 et 1995). Cependant c’est à la traduction intégrale d’œuvres littéraires arabes d’époque classique et post-classique qu’il se consacre essentiellement et, récusant l’authenticité des éditions imprimées, il fonde son travail « sur les manuscrits originaux », qu’il consulte notamment à la Bibliothèque nationale. Il fournit ainsi de nouvelles versions d’œuvres déjà connues en français, intégralement ou partiellement. En 1965-1967, il publie une traduction des Mille et une nuits, dont il donne en 1986-1987 une « édition entièrement refondue », qui modifie en partie le corpus de la première. Si, à la différence de Galland* et de Mardrus*, il fait du récit-cadre une narration suivie qui conduit à la juxtaposition des contes, Khawam offre cependant, peu avant la publication de la traduction Bencheikh*-Miquel, une version des Nuits qui rompt avec les adaptations antérieures. Soutenant l’idée - fort discutable - d’une création parfaitement  datée des Nuits, il publie en volumes indépendants des textes habituellement rattachés à leur tradition (Les Aventures de Sindbad le Marin, 1986 ; Les Aventures de Sindbad le Terrien, 1986 ; Le Roman d’Aladin, 1988). Il traduit par ailleurs de grands  écrivains classiques comme Ibn al-Muqqafâ ‘ (Le Pouvoir et les intellectuels ou Les aventures de Kalîla et Dimna, 1985), al-Harîrî  (Le Livre des malins : séances d’un vagabond de génie, 1992) ou al-Hamadhânî  (Le Livre des vagabonds : séances d’un beau parleur impénitent, 1997), ainsi qu’al-Nafzâwî, auteur d’un  célèbre manuel d’érotologie (La Prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs, 1976). Dénicheur de textes et « passeur de cultures », Khawam ajoute à ces travaux la traduction d’ouvrages inédits en français, comme l’anonyme  Raqâ‘iq al-hulal fî daqâ‘iq al-hiyal (Le Livre des ruses : la stratégie politique des Arabes, 1976). Il assume des choix peu conventionnels en traduisant les Hikâyât d’Abû l-Qâsim-al Bhagdâdî  d’Abû Moutahhar al-Azdî (24 heures de la vie d’une canaille, 1998), les pièces du théâtre d’ombres d’Ibn Dâniyâl (1997) et des érotiques arabes, tels Les Délices des cœurs ou Ce que l’on ne trouve en aucun livre d’al-Tîfâchî (1971). Il fournit ainsi une collection de traductions de l’arabe qui, en même temps qu’elle dépoussière le corpus en langue française, bouscule la vision d’un Islam rigoriste. Comme en attestent leurs multiples rééditions et réimpressions, ces ouvrages trouvent un écho favorable auprès d’un public qui déborde largement le cercle des spécialistes, souvent sourcilleux devant le peu de précisions fourni par le traducteur sur ses sources.

En dehors de son domaine de prédilection, Khawam entreprend également la traduction du récit satirique La Jambe sur la jambe (1991) de Fâris al-Chidyâq, initiateur au XIXe siècle de la modernité littéraire, ainsi que de la Lettre aux Français d’Abd el-Kader (1977). Son abondante production, qui compte en outre une traduction du Coran (1990) et quelques textes d’auteurs arabes chrétiens, est conçue dans le but « de favoriser l’ouverture aux autres et la compréhension ».

Sylvette Larzul

BOUHLAL Siham, « René Khawam ou la passion de traduire (consultable en ligne) » (Consulté le 19 avril 2010). ROUSSEAU Christine, Le Monde, 26 mars 2004 (notice nécrologique) ; interviews de l’auteur in Dire, n°1, printemps 1987, p. 38-40 et Hommes et migrations, n° 1211, janv.-févr. 1998, p. 158-160.



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