BOUSQUET Georges-Henri

(Meudon, 1900 – La Tresne, Gironde, 1978)

Juriste islamologue.

Au sortir de ses études de droit, d’économie et de sciences politiques à Paris, G.H. Bousquet est profondément marqué par sa rencontre avec Vilfredo Pareto, dont il s'attachera à traduire et faire connaître en France l’œuvre économique et sociologique. Il lui emprunte son approche pluridisciplinaire des sciences sociales, qu’il met en œuvre dès sa nomination, en 1927, comme chargé de cours en économie politique à la Faculté de Droit d’Alger. Dès cette époque, il apprend l'arabe et commence à s’intéresser aux études musulmanes, tout en préparant l’agrégation d’économie politique qu’il réussit en 1932. Devenu professeur, il va poursuivre durant trois décennies sa carrière universitaire à Alger en réussissant par sa compétence à imposer un double profil d’économiste et d’islamologue. L’intitulé de sa chaire peine à suivre le mouvement : d’abord « Economie et sociologie nord-africaine » (en 1947), elle est rebaptisée un an plus tard « Histoire comparée des coutumes de l’Islam et économie et sociologie algériennes », pour devenir finalement « Droit musulman et sociologie nord-africaine ». Après l’indépendance de l’Algérie, G.H. Bousquet s’ « exile » à Bordeaux pour achever sa carrière universitaire : il y enseigne à la fois la sociologie musulmane et l’histoire de la pensée économique.

L’œuvre islamologique de G.H. Bousquet est impressionnante. Sa bibliographie recense plus de 260 titres, parmi lesquels plusieurs traductions de textes arabes classiques (Khalil, Ghazali, Ibn Khaldoun), ainsi que des ouvrages de synthèse ou des manuels sur l’Islam maghrébin et le droit musulman (Précis de droit musulman en 1935, réédité et enrichi de 1940 à 1960 ; L’islam maghrébin, 1942 ; Du droit musulman et de son application dans le monde, 1949 ; Le droit musulman, 1960). Sa curiosité pour l’islam est immense et ne se limite pas à la casuistique juridique, dont il se délecte. Il s’intéresse bien sûr aux coutumes berbères (Justice française et coutumes kabyles, 1950 ; « Que sais-je ? » sur Les Berbères, 1957) et n’hésite pas à explorer des questions délaissées par les autres auteurs, comme le rituel, l’éthique sexuelle, le folklore juridique (Les grandes pratiques rituelles de l’islam, 1949 ; La morale de l’Islam et son éthique sexuelle, 1953). Par sa connaissance de diverses langues européennes (néerlandais, sa deuxième langue maternelle, anglais, allemand, italien, mais aussi espagnol, danois, norvégien…) et orientales (arabe, malais…), Bousquet a accès à d’innombrables sources. Cela le place aussi au cœur d’un vaste réseau de collaborations scientifiques (il correspond avec Snouck-Hurgronje, Anderson, Goldziher, Schacht), qui l’amènent à déborder le champ maghrébin pour s’intéresser aux musulmans indonésiens (un de ses grand-parents était d’ascendance indonésienne), indiens ou yougoslaves et à la politique des puissances coloniales (La politique musulmane et coloniale des Pays-Bas, 1939). Son goût pour l’histoire des religions l’amène aussi à des comparaisons exotiques (Les Mormons, 1949). Pour servir ses recherches et le développement des études musulmanes, il monte à la Faculté de droit d’Alger une bibliothèque spécialisée, le « fond local », qui a été enrichie au lendemain de l’indépendance.

Ce grand dynamisme scientifique de Bousquet est parfois desservi par la vigueur de ses prises de positions politiques ou l’acidité de ses propos. Engagé radicalement du côté de l’Algérie française, il formule des jugements de plus en plus amers sur l’Islam et les musulmans et déclarera même, dans un de ses derniers livres, avoir perdu son temps à les étudier. Ces dérapages ne sauraient faire oublier la qualité, la diversité et l’importance de son œuvre scientifique.

Jean-Robert Henry

Mélanges Bousquet, Cahiers Vilfredo Pareto. Revue européenne des sciences sociales, n° 5, 1965. ROBINE Michel, « L’œuvre scientifique du professeur G.H. Bousquet », in Revue économique du Sud-ouest, 1978, n° 2. BOUSQUET-LEFÈVRE Laure et ROBINE Michel, « L’œuvre islamologique de Georges-Henry Bousquet », in L’enseignement du droit musulman (dir. M. Flory et J.R. Henry), CNRS, 1989.



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